Contrôle et systèmes : Un changement de paradigme délicat

Contrôle et systèmes : Un changement de paradigme délicat

new-paradigm-aheadNos systèmes économiques, sociaux, politiques, sont clairement en crise , et à ce jour, si des signaux faibles de perspective de progression existent et se multiplient, des signaux forts de régression s’imposent souvent dans l’actualité.

En référence à un apport essentiel de l’analyse systémique, la première bonne question à se poser serait  « Vers quoi voulons nous aller ? », et non, comme c’est le cas le plus souvent « Qu’est-ce qui ne fonctionne pas, et comment contrôler les dérives au cadre et à la « morale » du moment »   –  (laquelle est évidemment à géométrie variable selon l’époque et les valeurs majoritaires du moment)-

Or, aujourd’hui , le « vers quoi », le sens proposé par la plupart des systèmes,  est bien trop faible pour constituer le socle solide sur lequel construire ensemble un « autre demain ».

Le sens est soit inexistant (on avance comme on peut dans la complexité ambiante en donnant une fausse impression de savoir ou on va), soit très flou (pas réellement cohérent et structuré), soit monolithique : un registre d’intérêt principal « mono – mème ». (un « mème »   est un système de valeurs, de représentations , de culture …)

Le plus souvent, en entreprises et en organisations, le sens appartient à cette dernière catégorie : (monolithique et parfois bien « borné » -dans tous les sens du terme !). En tant que résultat objectivable, mesurable, le sens est assez clairement posé, (cahier des charges, résultat chiffrés)… Mais le sens en terme de modalités subjectives (valeurs , éthique) est secondaire, négligé, imprécis, voire inconscient, ou possiblement « hypocrite » (ex : green washing, share-washing  ou bien chartes écrites mais pas respectées).

Cela résulte entre autres, d’un défaut de vision suffisamment large et structurée des jeux et confrontations entre différents « mèmes », disposant chacun de leur propre sens et priorités sur les plans subjectifs. Faute de cette vision globale structurante, il est impossible d’inventer les moyens de transformer les oppositions en complémentarités, et les modalités d’action sur le système général dépendent alors du type de dynamique de l’Ego (et des pièges de ces dynamiques) qui mobilise les énergies des acteurs influents du système.

C’est ainsi que nous délaissons les boussoles « subjectives » au profit de la « loi du plus fort en gueule » (médiatique).  Munis de boussoles exclusivement objectales (domaine du « cela », le « IT » défini par l’approche intégrale), alors que tous les symptômes démontrent le déficit et les dysfonctionnements sur le plan des dimensions subjectives, (« JE » et NOUS », le « I » et le « WE ») nos systèmes ne font qu’amplifier les déséquilibres et les symptômes, contribuant ainsi aux déséquilibres de l’environnement général.

Soyons-en persuadés : Seuls un regard global, (et complet !!!),  et une action holistique pourraient permettre de réguler de manière mieux équilibrée – une fois comprises les logiques de leur développement respectif et de leurs interactions – les divers éléments, registres, domaines, jeux de forces et de pouvoirs en présence dans notre monde de plus en plus interconnecté et interdépendant.

C’est en ce sens que j’ai mené mes travaux et recherches : L »Approche synergique », que j’ai créée et que je développe, est ainsi inspirée par l’approche intégrale et l’analyse systémique, porteuses de ce type de regard et d’action.

A elles trois, elles forment un ensemble sur lequel je fonde mes interventions, et au sein duquel d’autres approches plus « mono-focus », antérieurement acquises, trouvent chacune leur propre place .

  • L’Analyse Systémique amène des modalités nouvelles de diagnostic et de solutions, mais ne suffit pas à lever les freins et résistances à son égard, et les habitudes acquises d’une autre façon, linéaire, de fonctionner.
  • L’Approche Intégrale apporte une  vision globale structurée grâce à la pertinence de sa  « cartographie » de tous les domaines composant la réalité complexe (« la Théorie de Tout » , proposée par Ken Wilber) , mais ne suffit pas à élaborer une stratégie cohérente et coordonnée d’intervention.
  • Mon « Approche Synergique » vise précisément à donner les moyens d’élaborer des stratégies d’intervention qui soient  cohérentes avec les apports des deux précédentes.
    (Ce à travers l’identification de dix points clefs pour le changement, et leur structuration dans une « matrice synergique », ce qui permet d’envisager clairement l’itinéraire pour avancer de manière plus pertinente dans les réalités complexes de notre époque).

Ce post veut juste évoquer ce qui constitue, selon moi, une des principales difficultés à adopter  ce nouveau paradigme. Adopter une vision et une approche systémique est loin d’être facile, car les changements de prémisses et de représentations sont importants. Mais, en fait, plus que la confrontation à la complexité, à laquelle les technologies et le monde modernes nous ont habitués, il me semble que c’est le plus souvent le changement du rapport à la maîtrise et au contrôle qui s’avère le plus délicat.

Plutôt que d’apporter aux acteurs du système et de sa complexité une réponse technocratique monolithique, (forgée dans les hautes sphères par des individus éloignés des réalités du terrain)  il s’agirait de piloter un processus par lequel les acteurs de terrain pourront inventer leurs propres solutions, en coordonnant leurs complémentarités  plutôt qu’en opposant leurs divergences.

C’est tout le mode de gouvernance qu’il faut revoir :

Le concept « d’entreprise libérée » est un exemple de tentatives dans cette direction. Mais ce modèle bute assez vite sur certaines limites, inhérentes à ses modalités. (Les tentations vers des dérives autoritaristes des administrations et des gouvernants de quelques démocraties témoignent de conséquences possibles de ces limites, si on n’adopte pas les réponses adéquates).

Aux fins de rassurer ceux qui sont en charge de piloter des systèmes , il faut de suite poser qu’il n’est nullement question d’abandonner toute forme de contrôle ou de maîtrise : l’anarchie n’est pas la meilleure voie de régulation des excès de la nature humaine, mais, par rapport à la logique linéaire, il s’agit plutôt de « déplacer le lieu de cette maîtrise » vers le pilotage des processus de changement et d’ajustements permanents, et non le contrôle des modalités d’action et le cadrage strict des résultats.

Ceci suppose quelques éclaircissements : Ci-dessous quelques extraits pertinents d’une présentation de l’approche systémique :

« L’approche analytique conduit à une action programmée dans son détail quand l’approche systémique conduit à une action par objectifs. (…) Dans la démarche analytique, le passé détermine le présent et le futur, alors que dans la démarche systémique, c’est le futur (la direction que l’on souhaite prendre, nos objectifs) qui influence le présent. 

La démarche analytique est donc orientée passé-présent quand la démarche systémique est orientée présent-futur. Pour solutionner un problème, la démarche analytique se focalise sur les causes quand l’approche systémique se focalise sur les objectifs à atteindre ». (source agoravox)  

 On voit bien qu’il ne s’agit pas de « laisser faire », ni sur le résultat , ni sur les processus, mais bien de piloter le système sur des bases différentes :

 Il y a dans les deux approches un résultat attendu, mais dans la logique cartésienne linéaire et analytique, c’est toute la façon d’y arriver qui est programmée et cadrée … alors que dans la logique systémique ce sont les objectifs qui vont faire naître la façon d’y parvenir…

 Il n’y a pas un « laisser-faire » complet sur le processus , mais adopter une approche systémique suppose de changer de processus, et de piloter le processus de « création autonome des solutions », plutôt que d’imposer des solutions passant généralement par « encore plus de la même chose »(c’est à dire une amplification des réponses qui ont déjà fait preuve de leur inefficacité ! )

 En donnant moins d’importance aux causes (non parce qu’elle n’existent pas, mais parce que cela risque d’amplifier les symptômes et que cela demande beaucoup trop de temps pour les aborder suffisamment exhaustivement) adopter une approche systémique permet de faire l’économie de plans d’actions destinés à traiter toutes les causes une par une.

On n’est pas dans une action de « gestion multi-factorielle », supposant la maitrise généralisée et le traitement préalable de tous les symptômes. On passe dans une dynamique de création et de renouvellement des fonctionnements, dans le but d’atteindre les objectifs de résultat souhaités, avec l’idée que créer des interactions entre acteurs dans le sens du résultat attendu sera générateur des évolutions nécessaires. (évolutions qu’on ne peut ni maitriser ni programmer).

Il m’apparait que la tendance actuelle de la majorité de nos systèmes organisationnels est à un type de management ou de pilotage de plus en plus cadré (soit procédurier, soit objectivé en chiffres) et contrôlant, voire limitatif de libertés : Une tendance lourde à créer un « comment » de plus en plus verrouillé. (cahier des charges , procédures, normes, protocoles, lois  …)

Une petite escapade dans le code couleur des différentes « vagues de développement » évoquées par la « spirale dynamique » (les « mèmes ») nous permet de comprendre rapidement ce qui se joue :  On est là dans une amplification des réponses de type cartésienne, (approche analytique) avec un retour de la prédominance du « mème bleu » (absolutiste, normatif, contrôlant) , au service des contraintes du « mème orange » (résultat économique , rationalité de gestion, souci de maitrise exhaustive de la complexité) . Tout ceci pour tenter de contenir les excès du « mème vert’ (égalité, préoccupations écologiques, sociales) ou les débordements incontrôlés du « mème rouge  » (violences et passages à l’acte).

L’observation des résultats sur le terrain de cette frénésie de contrôle et de volonté de cadrage, sous couleur de bonne conscience et de volonté de maîtriser les débordements et dérives est criante :

Dans ce jeu entre forces de pouvoir (sans fin, parce qu’à « somme nulle ou négative » : gagnant -perdant, ou même perdant-perdant ), on assiste à l’explosion du nombre des personnes condamnées au « mème beige » (objectif survie), ou se réfugiant dans le « mème violet » (monde virtuels ou imaginaires) que cette exclusion et cette marginalisation volontaires ou subies génèrent.

Crise sociale, crise de sens, crise politique, et cris des perdants de la crise économique : Voilà bien ce qui pourrait nous forcer à adopter, contraints et forcés, les modes de vision et d’action globale et systémique que le défaut de conscience, le « trop plein d’ego », et l’étroitesse de vue généralisés ont jusqu’ici laissé sous le boisseau.

L’émergence de myriades de projets collectifs de diverses envergures, favorisés par l’interconnexion technologique permanente,  est ainsi un signe encourageant  des « nouvelles vagues » sur lesquelles surfer sur la crise …

Restera à mesurer leur capacité à sortir du piège que pourrait constituer une focalisation exclusive sur la dimension du « cela » (aspects matérialistes, technologiques,  consuméristes, économiques).

Car, en   laissant de côté la clarification et la solidification du socle constitué par les aspects subjectifs des « Je » et des « Nous », et en oubliant de travailler à la créer la complémentarité des valeurs, ainsi qu’à la prévention de l’amplification des dynamiques piégées des egos, ces nouvelles vagues s’exposeraient à se confronter aux mêmes affres que celles dans lesquelles nos systèmes actuels se débattent.

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