Savoirs vains et « vrai savoir » : Billet d’humeur

Savoirs vains et « vrai savoir » : Billet d’humeur

Lettre ouverte à ceux qui sous la bannière du « Être », mettent le « savoir » en pièces …

Non le savoir ne confère pas une supériorité ; Non l’être n’est pas non plus « supérieur » au savoir : Etre et Savoir sont deux lignes du développement de l’homme (parmi d’autres !).

Que je me sois tout particulièrement enrichi sur la ligne du savoir appartient à une histoire personnelle, à un besoin, à un intérêt, qui font aussi « l’être que je suis » : cela ne me rend pas « mieux » , ni « moins bien » , mais simplement différent, et spécifique… comme chaque humain !

Avoir en soi des choses différentes de l’autre, c’est fatalement parfois « en plus » ou « en moins »! Mais « en plus » ne signifie pas « en mieux  » !!! Je n’en suis donc plus à penser avoir quelque chose « en mieux » : ceux qui tentent de fustiger le « savoir » en lui renvoyant sa supériorité devraient aussi interroger leur anthropologie (quelle vision de l’homme que celle d’un homme sans savoir ?)... ou leur psychologie (quid des projections ou de son sentiment personnel d’infériorité ?)

Je sais juste ce que j’ai eu la chance de découvrir et de comprendre « en plus » que la moyenne des gens … et moi, je suis partageur ! Alors voilà : je partage … si l’autre n’en veux pas , ou s’il croit qu’il s’agit d’une leçon … qu’il passe tout de suite aux deux dernières lignes !

Quand nous arriverons à prendre de l’autre ce « plus » qu’il est prêt à apporter sans nous sentir blessés dans ce que nous sommes, sans croire qu’il veut avoir raison, ou nous faire la leçon, en bref , quand l’ego se sera calmé , le jeu action -réaction pourra cesser …

Dans ce combat contre l’ego, le problème est que l’évolution ne peut se faire que selon un progrès parallèle des deux lignes : « Être » , et « savoir » … l’un soutenant l’autre … (je ne parle pas du « savoir scientiste », mais de celui des lois générales de l’humain et de la conscience)

Aujourd’hui, y compris chez beaucoup de thérapeutes, il est de bon ton de mettre en avant « être » –cela me va tout à fait – mais en parallèle, malheureusement , « savoir » est devenu pour beaucoup insuffisant, et leur semble vain pour permette le saut de progrès suivant.

Probablement parce que ceux-là confondent « savoir scientiste et intellectualisant » avec le « vrai savoir » (Gurdjieff le nommait ainsi !) : celui de la conscience, celui des lois éternelles de l’homme et de la vie, celui du monde de la « méta-réalité »…

Gurdjieff
Georges Ivanovitch Gurdjieff

Le « vrai savoir » se situe à la rencontre de la connaissance et de l’expérience : c’est un mélange de connaissance apportée intuitivement ou par l’expérience, et de mise en forme par l’intellect, (dont c’est la fonction !). ce savoir là est l’apanage des « pneumatiques » : ceux qui vivent « du souffle », ou « par le souffle » … (et il y a plusieurs stades de développement parmi eux).

Celui qui n’a pas accès au « vrai savoir » , ne peut pas faire autrement que de limiter « savoir » à « intellect », ou à « mental »… ça lui ira si c’est un intellectuel, mais ça le fera réagir si c’est un « émotionnel », ou un « physique » (Hylique)

Nos représentations du monde diffèrent -entre autre – en fonction du contenu de notre « savoir » respectif … (normal !)

(Mais il ne faut pas confondre « savoir » avec « représentations » : « savoir n’est qu’une partie des représentations. Celles ci se fondent sur les croyances, les connaissances, et les expériences… il conviendrait de détailler ces 3 aspects des représentations, ainsi que définir les subtilités entre savoir, connaissance, hypothèses … etc … mais ce n’est pas l’objet de ce débat ci !).

Faute de ce travail d’éclairage , faute de distinction entre ce qui est croyance, hypothèse, connaissance, expérience; faute d’acquisition de connaissance supplémentaire, et faute de reconnaître la relativité de chaque représentation , toute relation tombe dans une « dictature » des niveaux inférieurs du « être », dans un retour de bâton des fonctions premières, (corps, affect, intellect) qui freine le développement des fonctions supérieures de « être » (conscience, intuition)

Beaucoup véhiculent l’illusion que les fonctions premières sont les plus importantes … ce qui est grave , c’est que des thérapeutes tombent dans ce piège : faute d’un « savoir » assez global, ils focalisent leur « savoir » sur la nécessité de développer les fonctions premières (différentes selon leurs approches respectives) , mais oublient les autres (qu’on appellera – par commodité- « supérieures », mais juste parce que leur centre se situe dans la partie haute du cerveau), et ne savent rien en faire !

Les fonctions premières sont juste « à développer en premier »… ce qui les place donc comme « primaires »… eh , oui, l’intellectuel peut être ainsi être considéré comme « primaire ». Mais dans primaire , il y a aussi « primordiales » !!!
Chacune sert à quelque chose, et aucune n’est « supérieure » à l’autre …

L’intellect est juste l’outil incontournable avec lequel on va pouvoir mettre en ordre les « produits » des fonctions supérieures. Il est vrai que l’hypertrophie de cet outil coupe l’individu à la fois des autres fonctions primaires (corps, affect) , et de ses fonctions supérieures, mais il convient de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain .. un intellect puissant est nécessaire dans le chemin initiatique qui est celui de l’homme aspirant à l’éveil…

A ce niveau « primaire », on assiste aux combats de l’affect contre l’intellect, du matériel contre l’affect, de l’intellect contre le corporel… les « actions -réactions  » témoignent de ces combats.

Face aux zones ombragées ou ténébreuses des fonctionnements humains (dont les miens) et de ces actions -réactions , je me borne à pointer ma lampe de poche , et l’éclairage qu’elle fournit est effectivement plus faite de « savoir » que « d’être », ça peut hérisser certains :

1- Précisément parce qu’ils ne « savent » pas assez…

2- Aussi parce que je ne « suis » pas assez !

3 – Parce qu’ils confondent « savoir  » de l’intellect, et « vrai savoir » : celui issu des espaces encore vierges ou la conscience peut puiser , celui que la fonction intuition délivre … « savoir » primaire, et « savoir des fonctions supérieures »

Il me reste, comme chacun d’entre nous autres, humains,  à faire du chemin et des progrès  sur le « être » … je m’y attache avec peine …  Mais ce « être » que je suis est parfois mal perçu , car on ne peut mesurer l’autre qu’à partir du stade où l’on se trouve … et qu’à partir de son propre socle de « savoir » !

Mon « savoir » est perçu par certains comme un « savoir de l’intellect » … alors qu’il est beaucoup plus que cela, car en bonne partie au-delà  … mais celui qui n’a pas accès au « vrai savoir » ne peut pas faire la différence ! Si j’en crois Gurdjieff, son niveau « d’être » ne lui permet pas !

Je ne sais pas a quel stade du « être » l’autre se trouve, et l’autre ne sait pas à quelle stade du « être » je me trouve… Je ne sais quels sont ses « savoir », il ne sait pas quels sont mes « savoir »

En plus de cette méconnaissance mutuelle, se posent d’autres difficultés :

1- Le « savoir » peut être partagé, donné, mais pas « être » … « Être « ne peut que … « être » !!!

2- Quand on titille l’autre sur « être » , il ne peut rien faire d’autre que se sentir blessé, car « Être » ne se commande pas … « être » devient !

3- Quand on titille l’autre sur « savoir » : soit il se sent vexé, soit il a l’impression qu’on lui fait la leçon , soit il mesure le « savoir » proposé avec intérêt et fait le tri de ce qu’il en prend ou en rejette… (la réaction dépend du stade ou est son « Être », et donc son « ego »).

4- Quand « savoir » porte son éclairage sur « être » de l’autre … on est dans les ennuis , car on retourne au pt n°2 !!!

Pourtant, l’éclairage n’est qu’un faisceau de lumière … pas la réalité qu’il éclaire ! Un autre éclairage donnera une autre vision… écouter un éclairage devrait pouvoir se faire sans « action -réaction » …. autrement dit , la « lumière « n’est pas forcément « la vérité »…

Je n’ai pas plus raison qu’un autre , et, en plus, je n’ai strictement rien à faire d’avoir raison ou non…

J’apprécie simplement que l’éclairage que je peux apporter soit vu comme un éclairage, pas comme une critique … Moi aussi j’ai parfois de la difficulté à ne pas me sentir agressé par une remarque sur ce que je suis…. surtout quand l’interprétation qui est faite de mon fonctionnement repose sur un « savoir » totalement éloigné du mien… Si le socle sur lequel se fondent mes comportements, mes choix, mes ressentis, mes paroles est méconnu, et donc pas pris en compte, comment pourrais je être « reconnu » et entendu !

Mais ce socle , s’il peut encore s’enrichir, est le fruit de beaucoup de travail sur « être » et sur « savoir » … certains de ses éléments sont issus de vieilles traditions religieuses, ésotériques, et d’autres de jeunes sciences psycho ou neuro …

J’ai mis des années de déconstruction de « être » et de construction de « savoir » pour parvenir à un ciment aujourd’hui cohérent, mais ce socle n’est pas inaltérable : Je suis prêt à en changer n’importe quel élément si je découvre que ce que l’autre m »apporte est un « plus » recevable … Mais il faudra que je connaisse mieux la solidité du socle de l’autre et que je perçoive de son « être » qu’il est au stade ultérieur au mien … Oui, il faut le dire et l’assumer : il y a des niveaux de développement : mais « niveau ultérieur »  ou « supérieur  » ne veut pas forcément dire « homme supérieur » … Pourtant, il est irresponsable de considérer que nous sommes égaux… Cela est vrai en droits et en devoirs … évidemment … mais en stade de développement , ce n’est pas vrai…

Sur ce chemin, Il y a des maîtres, des initiés, des « disciples », et des aspirants (pas encore élèves, mais aspirant à s’élever) … et nous pouvons tous être maître ou élève pour quelqu’un , et parfois « à tour de rôle » dans la même relation … mais c’est plus compliqué, car il y a des intrications complexes.

Aujourd’hui, peu ont suffisamment traité leurs difficultés avec leur petit ego, leur « narcissisme secondaire », et ils sont rares ceux qui acceptent que l’autre puisse être un « maître » , en « savoir » ou en « être » …

Je sais ce que je sais : j’espère encore enrichir cela , et j’espère pouvoir transmettre ce que je sais être un « vrai savoir » , parce qu’il ne vient pas de moi… il m’a été donné , et c’est de ma fonction que de le transmette …

Je suis ce que je suis : J’espère que cela pourra progresser encore pour que cette fonction de transmission soit plus sereine, plus efficace, et moins coûteuse en énergie et en « actions – réactions », de ma part, et de celle des autres …

Mais je sais aussi que de tous temps, certains enseignements ont valu à ceux qui les portaient, la critique , les oppositions, la condamnation, voire même la mort …

Je n’ai pas la prétention de dire la vérité, ni l’envie d’avoir raison… et je le redis , ce n’est pas mon problème !!

Je tire ma conviction du même espace que ceux là, et j’espère y puiser la force de « maintenir » quand je sais avec la certitude que cet espace là me donne où est le juste, et où est l’erreur … J’espère aussi y trouver l’écoute et l’humilité suffisante pour savoir quand remettre en cause dans mon « savoir » ou dans mon « être » quelque chose qui doit l’être.

Si l’autre accepte d’écouter mon « savoir », je me sentirais respecté dans mon « être » … et je pourrais peut être ouvrir ce « être » au progrès , dans l’ici et maintenant.

Si l’autre interroge le socle, il pourra s’y nourrir … s’il égratigne « la statue » , s’il blesse « l’être », sans tenir compte de son « savoir » , il s’expose soit à sa fermeture, soit à la réaction … ce faisant, on ne fait que reproduire les lois ordinaires de l’inconscience et de l’ignorance, les « mécaniques de l’ego », qui de tous temps conduisirent les pneumatiques à se cacher et à se taire , ou au sacrifice, faute de le faire…

(« Pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », disait un des plus grands d’entre eux !)

Et si tout cela est trop « prise de tête » , il suffit aussi de savoir juste partager un muscadet et une douzaine d’huîtres sans s’aventurer ailleurs que dans les plaisirs de la gastronomie …

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