Nous Sommes En Guerre

Nous Sommes En Guerre

We want you« Nous sommes en guerre » a annoncé publiquement notre premier ministre, M. Valls : Bien qu’évidente depuis quelques temps, la gravité de cette réalité officiellement annoncée mérite qu’on se demande quel est le combat auquel le citoyen que nous sommes veut -ou non- participer…

Ces pages en cours d’écriture de notre histoire ne peuvent manquer de nous rappeler d’autres de même acabit : L’assassinat de Jaurès, fondateur et Directeur du journal « L’humanité » , parce qu’il s’opposait aux velléités d’entrée en guerre des « marchands de canon », persuadé qu’il était que la guerre n’était impulsée que par le choc des intérêts capitalistes.

Le 31 juillet 1914, trois jours avant le début de la première guerre mondiale, il est abattu au café du croissant, par Raoul Villain, dont l’itinéraire et le profil aux relents mystiques et religieux devraient  nous rappeler ceux des auteurs des attentats actuels.

Cet assassinat provoqua l’Union Sacrée, qui précipita l’entrée en guerre de la France, ce dont Jaurès lui même aurait été fort contrit !

Il n’est pas ici de mon intention de rouvrir cette ancienne page, mais ceux qui s’y pencheront ne manqueront pas de questionnements sur les parallèles de l’histoire, tant dans sa face apparente que dans ses possibles faces cachées : « Rappelons-nous l’histoire sous peine qu’elle ne se rappelle à nous ! » .

En guise de trait d’union, cet extrait du dernier article de Jaurès sied à merveille à l’actualité douloureuse de ce début 2015 :

« Le plus grand danger à l’heure actuelle n’est pas, si je puis dire, dans les événements eux-mêmes. […] Il est dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée. […] Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir. »

— Jean Jaurès – Extraits de son dernier article dans L’Humanité du 31 juillet 1914

Dépasser les pièges potentiels d’une émotion exacerbée, dont le chercheur que je suis ne se veut pas critique, mais analyste des engrenages qui ont conduit à la mettre en marche, suppose la nécessité d’une réflexion plus profonde , et donc d’une information plus large et plus complète sur les divers éléments de la complexité qui s’enchainent devant nos yeux.

C’est ce qui m’a amené à passer pas mal de temps, notamment sur internet, pour élargir ma vision et ma compréhension de ce qui se joue, entre les avant-plans et les arrière plans.

Internet devenant clairement un des espaces de la guerre moderne, la toile est appelée à devenir un des champs des batailles que les ennemis se livreront : nous faudra t’il, simples citoyens, aussi y  choisir un camp pour continuer à nous y exprimer librement ?

Je vous le dis tout net , le mien sera celui de Jaurès : celui de la paix, et de l’éveil de la pensée et des consciences, mais porté par quelques dimensions en plus de celles qui furent les siennes.

Entendez-moi bien : Je ne veux pas me faire l’apôtre d’un pacifisme béât :   Qu’il faille combattre, si besoin par la force, les extrémismes meurtriers ne fait aucun doute… mais il serait bon qu’on mène avant tout , et de toute notre énergie, les combats et les luttes qui pourraient en prévenir l’avènement :   combat pour des meilleurs équilibres économiques, pour une réelle intégration sociale et professionnelle, pour une éducation à la conscience et à la responsabilité personnelles, et quelques autres engagements au service d’une « citoyenneté durable » dont il me semble que les hommes politiques se sont détournés…

A ce sujet, le post sur Facebook d’une collègue thérapeute, Diane Bellego, accompagnante sur la voie spiritualisée du Tantra, incluant et les victimes et les bourreaux dans la logique d’une vision et d’un Amour « au-delà des réalités de ce monde » m’a paru positionné de manière très intéressante : Ce plan-là, dépassant les vicissitudes terrestres, serait probablement le seul sur lequel les oppositions humaines pourraient se résoudre… Mais encore faudrait-il que puissent-être mieux entendus ceux qui cherchent depuis toujours à accompagner les humains à passer les gouffres racoleurs mais sans fond des matérialismes – qu’ils soient scientifique, économique, ou dialectique–  et les fleuves tumultueux des excès –qu’ils soient de morale, d’irrévérence, de violence, de naïveté ou d’ignorance– qui séparent les religiosités éthérées de la spiritualité incarnée !

Ces gouffres et fleuves font que le « vivre ensemble » sur des plans strictement humains et terrestres est actuellement un défi bien compliqué à relever !

Sur ce plan terrestre dans lequel nous vivons, il me semble plus qu’utile, pour mieux comprendre , de disposer de lucidité et d’une grande largeur de vue : Même dans la sphère limitée de notre « petit quotidien individuel » , chacun se trouve inclus dans le grand jeu du système global dans lequel nous vivons tous : Il me semble donc important de ne pas se faire inconsciemment complices de quelque excès à visée déséquilibrante sous le coup d’émotions de masse dont on connaît le caractère versatile, les fondements souvent insuffisamment étayés,  (« Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font »!) et dont on ignore ce qui en tire réellement les ficelles. (S’ils existent, ceux-là sont impardonnables !).

Certains excès sont visibles et révoltants – et toute « liquidation » violente, quelle qu’elle soit, me semble évidemment inacceptable– mais ils ne doivent pas nous faire oublier que ces excès s’insèrent dans un ensemble où tout est relié (c’est autant vrai sur le plan terrestre que le plan spirituel), et sont le fruit d’autres excès, dont certains sont visibles , et d’autres restent cachés : Ce sont ceux-là qu’il m’intéresse de tenter de décoder, afin de ne pas tomber dans les pièges qui sont tendus à nos émotions, nos consciences, et par-delà, à nos engagements…

Tout ceci donne un sacré travail de compilations des recherches,  de prise de recul sur les hypothèses émises, et de décodage des opinions de chacun en fonction de son positionnement sur l’échiquier politique : En France, le panel est large, et il y a des penseurs assez brillants dans tous les bords !!!

(Je dois même reconnaître que les penseurs les mieux outillés intellectuellement et les plus soucieux d’une information large, lucide, et solidement étayée appartiennent plutôt à des marges qu’à la « bien-pensance » incarnée par les partis, mouvements et médias « politiquement corrects » : sans doute est-ce le cas dans toutes les périodes troublées !)

Ma fonction d’accompagnant , de thérapeute, de formateur, étant aussi parfois d’amener ceux qui m’écoutent ou me lisent à prendre de la hauteur dans leurs vision, leurs attitudes, et à grandir en âme et en Esprit, plutôt qu’à faire le jeu des divisions, j’aspire à ce que l’évolution de la situation ne m’amène pas à me trouver dans le « ventre mou » des passifs, ou à choisir un camp contre un autre …

Avec tout ce que je découvre au fur et à mesure depuis quelques années, aucune certitude n’est véritablement possible, tant la complexité de ce qui est dorénavant sorti de la boîte de Pandore est grande, mais certaines hypothèses « tiennent la route » mieux que d’autres car elles présentent sur de nombreux points objectifs ou subjectifs des explications systémiques bien plus « logiques et sensées » que certaines versions officielles, quoiqu’elles soient encore plus monstrueuses d’abjection… Mais, qu’il s’agisse des versions officielles ou des hypothèses parallèles, si certaines sont « moins écrasantes » que d’autres, aucune ne me réjouit vraiment sur l’état du monde et des Egos !

Formateur, accompagnant, soucieux d’un « co » qui serve un « Mieux travailler et Mieux Vivre Ensemble », je ne peux pas négliger l’environnement économico-socio-politique dans lequel nous nous situons, afin de bien repérer à quel « co » je souhaite contribuer ou pas !

Selon les hypothèses sur ce qui se joue dans les arrière plans, au delà du simpliste et manichéen « Quel camp choisir ? » qui nous est proposé par les « va t’en guerre », c’est aujourd’hui la question essentielle du type de système dans lequel nous plaçons notre action qui se pose…  Et donc, par ricochet, c’est aussi celle du Sens et de l’Essence du « co » qui est posée.

Cette question, parce que c’est précisément celle qui fait le socle des violences actuelles,  pourrait nous emmener dans un espace où les questions du « sacré », vues par les uns ou les autres, mériteraient d’être approfondies autrement que par des diktats cléricaux ou anticléricaux  fondés les uns comme les autres sur des niveaux de représentations insuffisamment complets :

Si les religions nous semble avoir failli et faillir encore, il faudrait, avant de les maudire ou d’en médire, savoir les remettre dans leur contexte historique, sociétal, et psychologique, et  mesurer les divers stades de développement individuels et sociétaux dans lesquels elles se sont insérées : Egalement, pour en comprendre les erreurs, il conviendrait de  distinguer leurs aspects matériels, politiques, sociaux, moraux, psychologiques de leurs aspects spirituels.

Ici, le recul et la rigueur intellectuelle du chercheur multidisciplinaire en  sciences humaines et la distance du sage « éveillé », bien plus complémentaires qu’il n’y parait, me paraissent mieux à même de nous éclairer que la vindicte de l’incroyant ou la conviction inaltérable du croyant, toutes deux porteuses d’un certain nombre d’ignorances qui les condamnent à l’opposition et au conflit guerrier.

De même, si les sciences exactes et les lumières nous semblent avoir éclairé notre occident d’une bienfaisante rationalité et l’avoir éloigné des affres de la croyance imbécile, il nous faut bien reconnaître que certains effets pervers en sont copieusement à l’oeuvre à notre époque, et certains d’entre eux comptent sans nul doute parmi les sources de la radicalisation de certains fanatiques. Il me faut également rappeler aux tenants d’un athéisme forcené l’existence parmi les plus grands scientifiques de certains qui portent haut et fort le flambeau de leur expérience spirituelle (et non pas religieuse).

L’approche intégrale (de Ken Wilber et consors) nous amènerait de quoi sortir de ce conflit apparemment irréductible entre science et religion, en les renvoyant dos à dos, et en remettant chacune à sa place, dans son époque, dans ses registres, et au stade d’évolution qui lui est propre : le malheur est qu’aujourd’hui, ces stades , registres, époques s’amalgament dans un salmigondis pour le moins explosif, et que ni les croyants , ni les athées n’ont franchi les caps qui leur permettraient de changer de palier , et de fonctionner en complémentarités plutôt qu’en provocations mutuelles  manichéennes conduisant à ce que l’on voit.

Franchir ces caps d’une vision et d’une action intégrales supposant encore un long chemin pour nos sociétés, laissons-en les pionniers défricher peu à peu ces territoires vierges, et revenons à ce qui nous semble à nous, occidentaux démocrates ordinaires, la voie raisonnable, celle de la séparation des églises et de l’état.

Par un  « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu » , assez proche du principe de laïcité, le dénommé Jésus lui-même invitait à séparer les choses touchant à l’expérience intérieure de chacun des choses qui concernent la gestion de la cité…

Je ne vois que des avantages à défendre ce principe là, dès lors que les deux sphères ont « droit de vie dans la cité », chacune à leur place, et qu’elles sont à même de se respecter mutuellement :  Comme le dirait Bourvil : « Hélas, c’est là qu’est l’os »  : les années noires du pouvoir des clercs, suivies de celles des hussards de la république ont constitué le temps des conflits d’une morale contre une autre; et le débat en cours sur la liberté d’expression et ses éventuelles limites est l’illustration d’un conflit qui passe peu à peu au niveau de l’éthique, ce qui , convenons-en, est déjà un progrès !

(Je pose ici la morale comme la mise en avant d’un « c’est bien » contre un « c’est mal », et l’éthique comme la priorisation ajustable selon les réalités de la situation de deux valeurs acceptées comme potentiellement valables : dans notre cas : la liberté d’expression  contre la responsabilité d’un mode d’expression ne mettant pas à mal le « vivre ensemble »).

Comme nous vivons dans ce monde humain, (trop humain ?), et que nous avons à y avancer ensemble, pour ma part, sans négliger les choses de l’expérience intérieure (« de l’Esprit »), contrairement à certains collègues qui se désintéressent des choses du monde pour se consacrer à celles de l’Esprit je considère nécessaire de maintenir la conscience éveillée également sur les choses de la cité (du monde !) : Avec la multiplication des canaux d’information -« officiels » ou parallèles- il faut bien dire que c’est assez chronophage et énergivore  … et effrayant !!!

En effet, ouvrir les yeux et les oreilles  permet d’envisager diverses hypothèses concernant les rouages possibles des systèmes visibles et cachés, voire d’entrevoir ou de comprendre un peu mieux les dessous des cartes : Quels qu’ils soient, ces éléments ne peuvent que nous inciter à en dépasser les leviers et ressorts.

Ces dessous des cartes, leviers et ressorts rendent encore plus urgent et nécessaire de dénouer les phénomènes humains et leurs  complexités, en permettant au plus grand nombre de « prendre de la hauteur », et non pas de tomber soit dans les affres des peurs, ou des réponses piégées de l’ego, dont il semble qu’elles soient l’objectif visé par divers acteurs , visibles ou cachés, des tragiques faits d’actualité de par le monde.

A cet effet , et à mon humble niveau de « fourmi contributrice », quelques-uns des séminaires ou conférences que je propose pour l’évolution des équipes et des individus sont ainsi liés aux enjeux de l’actualité et de la situation du monde : « Les conditions d’une mutation réussie » , « Dépasser les difficultés du co » , « Dénouer la complexité », …

Malheureusement, j’ai l’impression qu’il nous faut dorénavant intégrer l’existence d’autres forces que celles des incompétences et des pièges des egos individuels : il m’apparait de plus en plus certain que certains Egos ont déjà largement créé, et ce depuis bien longtemps, des « co », encore occultes, mais bien à l’oeuvre, qui seront lourds de conséquences. Je ne suis pas sûr qu’on puisse en combattre les effets chez chacun et pour nous tous sans les mettre en lumière …

C’est donc aussi contre la non-information, l’ignorance, la faible largeur de vue , qu’il nous faut nous lever… Un ancien post sur « les trois singes de la sagesse » en explore plusieurs significations : l’une d’entre elles, – de bas niveau je vous l’accorde– est « celui qui ne veut rien voir, rien entendre, rien dire se condamne à singer les autres ignorants de son espèce !!! »

Mais je constate que ceux qui écoutent, voient, et parlent d’une autre parole, se trouvent, comme toujours, sacrifiés d’une façon ou d’une autre, parce que ni la masse, ni leurs opposants « normo-pensants » ne cherchent  à comprendre les fondements de leurs positions ou le niveau auquel ils se placent, et encore moins à les partager   !

On se demande bien pourquoi …

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