Le contrat social assassiné par ceux qui l’ont en charge.

Le contrat social assassiné par ceux qui l’ont en charge.

LE CONTRAT SOCIAL ASSASSINE PAR CEUX QUI L’ONT EN CHARGE.Social_contract_rousseau_page

(Extrait de l’introduction de mon essai « La démocratie mal-consciente »  : écrit en … 1991

« Rien de nouveau sous le soleil »,
ou « une vision d’avance » ?

En tous cas  à méditer !)

(…)    Qui a tort ou raison? Bien malin qui le sait. Tous rejettent les responsabilités sur ceux d’en face, incapables de reconnaître leurs propres erreurs et abus, et donc de remettre en question leur pratique.

Les intellectuels: Discrédités par eux-mêmes, inadaptés aux réalités qu’ils étudient… Laminés par les échecs des solutions proposées…

Confinés dans la confidentialité par les médias, car loin des préoccupations du citoyen moyen et donc hors des critères de rentabilité de la minute d’antenne

La classe politique reste en panne: Finis les véritables débats d’idées ou de programmes. Trop risqués pour la sacro—sainte image

Il reste à se contenter de la pêche aux voix par petits mots ou par “coups médiatiques” interposés. On est ainsi passé de la vertu de la formule à la tyrannie de la petite phrase: Nos hommes publics ne sont sans doute pas moins aptes que leurs prédécesseurs à être de grands orateurs, simplement, l’époque ne leur permet plus d’exercer sainement ces talents: La vie politique se limite le plus souvent à un travail sur l’image que l’on donne de soi ou de son parti, et non sur les idées et propositions résultant d’analyses sérieuses et objectives, libérées des entraves d’anciens principes ou épouvantails auxquels on s’accroche désespérément.

Les médias enfin: A l’ère de la communication généralisée, les frontières entre information, spectacle et commerce se dissolvent progressivement à l’acide des réalités économiques. Les yeux rivés à l’audimat pour certains, se limitant à une approche superficielle pour d’autres, se contentant d’un négativisme par principe pour d’autres encore.

Combien jouent encore véritablement un rôle d’information non entaché d’autres préoccupations!

Paradoxalement le danger ne vient plus du manque d’information, mais du trop de communication et de la dilution ainsi générée.

Ceux qui sont chargés de la bonne exécution du contrat social le poignardent donc dans le dos, sans même s’en apercevoir, mus ou ligotés, c’est selon, par l’ampleur des enjeux.

 QUID DE LA “VOX POPULI”?

Dès lors quel moyen reste t’il au citoyen pour se faire entendre:

  • La résignation: D’où la fabuleuse ascension du « parti des pêcheurs à la ligne”.
  • La marginalité , réaction ultime de ceux qui se sentent exclus, ce sous une de ses multiples formes: art, retour à la terre, appartenance à une secte ou à une bande, mysticisme exacerbé, délinquance.
  • L’individualisme: La montée des corporatismes, des nationalismes ou des extrémismes de tous poils n’est que la résultante d’une recherche d’affirmation de l’identité et du droit à l’existence, face à des systèmes, des institutions, des organisations économiques politiques ou sociales qui tendent à uniformiser cette identité.

 L’expression des aspirations est ainsi devenue le cri de ceux qui espèrent.

Malheureusement; la capacité à prendre en compte les réalités économiques, techniques, sociales ou culturelles qui dépassent la sphère de 1’ organisation ou de la corporation à laquelle l’individu appartient est trop souvent inversement proportionnelle à la force de ce cri… Cet individualisme ne peut alors que s’accentuer: En effet, les aspirations des masses se concentrent principalement sur un “plus de consommation” ou un “plus de moyens”, car c’est quasi-exclusivement par l’avoir que notre système a appris, sans s’en rendre compte, à “l’homo—économicus” à satisfaire les différents besoins mis en évidence par Maslow. (Voir ibid., Seconde partie, chap. II).

L’usage des grands mots mythiques de la démocratie (liberté, égalité1 droits de l’homme… ) par les foules de l’Est ou par les diverses corporations descendant dans les rues des capitales occidentales, recouvre en fait des motivations moins élevées… Motivations individuelles rarement avouées, qu’il ne faut d’ailleurs pas chercher à détruire, car elles sont le moteur de la vie économique. Les systèmes politiques ayant négligé l’intérêt individuel au profit exclusif de l’intérêt général ont conduit à la confiscation des pouvoirs et des richesses par une oligarchie dont les excès ont fini par engendrer une réaction du peuple ou d’un tyran démagogue.

On peut renverser les données et se demander ce qui adviendra si nos gouvernements négligent trop l’intérêt général au profit des intérêts individuels. Or les diverses pressions violentes de la rue, et celles plus subtiles d’une oligarchie technocratique et financière (les “décideurs”, représentants des grands groupes industriels et financiers) poussent les responsables politiques à satisfaire les intérêts individuels, ceux des autres, et trop souvent les leurs propres….

La difficulté n’est pas mince de concilier entre eux des millions d’intérêts individuels, en recherchant un hypothétique équilibre, qui constituerait l’intérêt général, équilibre constamment remis en cause par la survenance de nouvelles revendications de l’un des composants du système.

C’est pourtant dans cette recherche permanente du meilleur équilibre qu’il nous faut avancer, sur un filin dangereusement mobile, sans illusions sur l’existence d’un solide point d’ancrage final, hypothétique société idéale vers laquelle tendre; ni sur la capacité de rétablir l’immobilité du filin d’un simple coup de balancier à droite ou à gauche.

Aujourd’hui, les évènements et la situation économique créent des ondulations dont beaucoup s’accordent à penser qu’elles iront en s’amplifiant…

Oui, la situation est grave… Oui, il y a urgence…

Aucune recette ne peut plus prétendre être la meilleure, la seule, l’unique…Et ce d’autant moins qu’elle sera simple à mettre en oeuvre. Toute question comporte différents aspects et pour chaque élément de réponse on peut trouver des arguments favorables et des arguments défavorables.

Ceux qui brandissent fièrement l’étendard de leurs certitudes et pavoisent autour de solutions simplistes -extrémistes et intégristes en tous genres- portent des oeillères que l’histoire s’est toujours chargée de rabattre sur leurs yeux. Ceux—là en sont réduits depuis toujours à faire porter la responsabilité des crises, qu’ils ont par ailleurs eux-mêmes contribué à amplifier, par des boucs émissaires. Les esprits se calment pour un temps, satisfaits par le sacrifice, et on éconduit ceux qui ont causé de tels abus, mais l’hydre se tient prête à ressurgir. Les travaux de René Girard sur la violence fondatrice de toute société analysent ces phénomènes à travers les siècles. (“Le bouc émissaire”, 1982; La violence et le sacré”, 1972; “Des choses cachées depuis la fondation du monde”, 1978…). Je reviendrai plus loin sur les causes de ce processus (Seconde partie, chap. III).

Parallèlement, ceux qui cherchèrent à barrer la route aux précédents n’ont guère eu plus de pérennité. Même si notre cœur est de leur côté, reconnaissons l’existence sempiternelle des cycles historiques… Et ce ne sont pas quelques années successives d’illusion démocratique qui doivent nous aveugler sur des siècles d’histoire.

Bien sûr, d’étape en étape, de cycle en cycle, malgré les vicissitudes, les sociétés semblent progresser vers une forme d’organisation de type démocratique; forme qui apparaît aujourd’hui non comme la meilleure, mais comme la moins mauvaise.. .Mais laissons au temps sa toute puissance et ne professons aucune certitude quant à l’avenir, ni sous forme de prophétie, ni sous forme d’idéal à atteindre!

Contentons nous d’apporter au présent les soins nécessaires à nos sociétés: Et la tâche est titanesque…

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