La Marche du Monde : « C’est quand qu’on va où ? »

La Marche du Monde : « C’est quand qu’on va où ? »

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1)      Nous vivons un moment de passage entre deux visions du monde : l’époque moderne (issue des « lumières ») fait place à l’époque « post-moderne »

Quelques grands changements de nos regards et valeurs témoignent de cette évolution  :

Axiomes issus des lumières Axiomes de l’époque actuelle
Primauté de la raison, du contenu raisonné Primauté des sens, de l’émotion, de l’énergie ,
de l’image (et de l’imagination)
Recherche d’un meilleur futur : le progrès est le but L’instant présent est l’essentiel : le plaisir est le but
Le travail comme valeur motrice La création comme valeur motrice

Mais il existe de nombreux autres items de polarités opposées sur des axiomes, prémisses , modalités de compréhension du monde, modes d’action, type de solutions, dont le repérage serait nécessaire pour sortir de diverses impasses dans lesquelles notre époque se trouve.

Un regard ainsi éclairé mesurerait mieux les décalages, les confrontations, les oppositions irréductibles  entre ces deux séries de princeps, prémisses, modalités d’action …  Mais aussi les amalgames parfois malheureux, les confusions, les usages inappropriés de prémisses  conduisant inévitablement aux impasses. (« L’aporie  » -contradiction irréductible-  que j’évoquais dans un précédent article)

Certains outils ne sont en effet pas adéquats en certains domaines, ou ne sont pas les bons pour résoudre certains niveaux des difficultés rencontrées : mais comme nous évoluons de manière empirique parmi ces items mélangés, sans pouvoir en comprendre la structure , et donc en maîtriser l’usage, le résultat est chaotique, et nous assistons à des tentatives infructueuses de régulation.

2)      La perte de repères est à la fois une cause et une conséquence de cette marche en avant chaotique.

Cette perte de repères  explique que la question du sens fasse son apparition : Pourtant ce n’est pas un manque de sens qu’il nous faut déplorer : mais la pléthore de sens possibles  …

 (« Trop de sens tueraient ils le sens » ?). Il en va du sens comme des produits dans un rayon : la largeur du choix rend la décision et l’engagement plus complexe : dès lors que le temps est compté, et que la complexité à rationaliser par l’analyse et la priorisation des arguments pour et contre augmente, le choix « à l’affectif » sera le moyen le plus aisé ! (et au moins, il assure le plaisir !)

  Le collectif ne pouvant plus être équilibré, la montée en puissance de l’individu est inévitable : comme objet du « bonheur », comme cible de l’économie, et aussi comme porteur de tous les symptômes…

Ces symptômes, liés à des mécaniques piégées de l’Ego, multiplient les débordements de diverses natures.

Déséquilibres du collectif , déséquilibres des Egos : la tentation absolutiste d’un contrôle par la domination, par la loi, ou par la « sur-administration » n’en est que l’effet … mais, pour des raisons liées aux fonctionnements sociaux et psychologiques,  cette tentation ne fait qu’amplifier les déséquilibres qu’elle prétend réguler.

(Les suites incontrôlables des printemps arabes, des aventures Afghanes, Irakiennes, Centrafricaines en témoignent ! …  et plus près de nous : l’Ukraine et la Grèce sont dans des processus de même ordre, même si les causes sont différentes).

3)      Le nouveau paradigme naît du fait de la « saturation » de l’ancien  (cf Maffesoli), et sur la prise de conscience de ses effets pervers accumulés au fil des décennies.

Malheureusement , l’accélération des progrès technologiques, culturels, médiatiques, et de la vitesse de propagation (NTIC, mondialisation de l’économie et brassage culturel…) font que les effets pervers des valeurs princeps et prémisses du nouveau paradigme apparaissent déjà en même temps qu’elles se développent.

Nous n’avons pas le temps de les avoir intégrées qu’elle font déjà preuve de leurs défauts, insuffisances , et effets néfastes :   Dur de les accueillir sans réserve et en les considérant comme bienvenues et incontournables !

Cela engendre évidemment  une amplification des déséquilibres, confrontations, résistances , (et la multiplication des deux faces visibles de leurs conséquences : violences d’un côté,  dépressions et burn-out de l’autre)!

 4)      On ne comprend pas la mécanique des ressorts, énergies, et forces qui alimentent ce mouvement :

A : Les sciences exactes ne disposent pas des outils pour mesurer ces phénomènes parfaitement subjectifs : le recours aux sciences humaines est une nécessité en ces domaines : mais celles-ci ont des prémisses qui les rendent sinon suspectes , du moins qui en éloignent les décideurs (économiques, politiques, technocratiques) car ceux-ci sont très majoritairement issus et donc formatés selon les paradigme des lumières et ses prémisses et modalités de réponses.

B : Par ailleurs , les diverses disciplines des sciences humaines elles-mêmes sont abordées par des approches et courants appartenant se référant à ces paradigmes opposés : chacun a tendance à défendre son pré carré et sa vision, plutôt que de travailler en bonne complémentarité.

C :  Il existe peu de théorisations de chercheurs qui soient à la fois  pertinentes, facilement apréhensibles, opérationnelles et répondant aux attentes et au niveau de préoccupation des décideurs.

L’impasse est multiple : des décideurs qui n’ont pas les bons outils d’analyse et de solution, et qui plus est , ont des attentes liées à leur propre paradigme, ce qui fait les rend inatteignables. Des chercheurs et des intellectuels qui savent que la voie de progrès est dans l’évolution des modalités de recherche et de réponse, mais qui butent sur les écueils soulevés aux points précédemment évoqués.

5)       Parmi ces ressorts : les dynamiques piégées des Egos : Les fonctionnements individuels à la racine des dysfonctionnements  collectifs

L’individu , et les fonctionnements individuels, étant la base première de tout système social, on peut, par convention certes « réductionniste »,considérer ce niveau comme le niveau source. (même si tout ce qui a trait aux fonctionnements groupaux et sociaux(le couple étant le premier type de regroupement) va évidemment rétro-agir sur les fonctionnements des individus :  l’influence mutuelle individu –groupe étant circulaire, pas linéaire). Une connaissance minimale du fonctionnement psychologique des individus est donc incontournable : dans ce cadre le concept d’Ego le sera lui aussi !

Les médias et les entreprises emploient dorénavant à profusion des expressions comme « le bal des Egos », « les problèmes d’Egos » ou autres : mais qui dispose d’une grille de lecture suffisamment précise, claire et opérationnelle pour comprendre ce dont il est question en termes de psychologie ? De quelle structure, ou de quelle mécanique  parle-t’on ?

Je passe sur les multiples définitions et descriptions de l’Ego selon les divers auteurs et courants des sciences de la psyché : une mère y perdrait ses petits…  Après en avoir abordé un certain nombre, j’ai fini par en adopter une qui soit cohérente avec le système de vision et d’intervention que j’ai élaboré, qui se veut vulgarisateur et à visée pragmatique.  Ce n’est pas le lieu ici de m’y arrêter en détail, mais qu’on sache que j’utilise comme référence la dynamique de 9 types de besoins inhérents à la nature humaine, générant des attentes tout à fait légitimes, mais qu’il s’agira de savoir canaliser sous peine de tomber dans la dynamique piégée liée à chacun de ces besoins.  La porte est alors ouverte vers le débordement plus pu moins marqué, puis à la pathologie.

Le changement de paradigme et des diverses prémisses y affairant, les accélérations  culturelles, technologiques ; le jeu médiatique, les ressorts de la société de consommation matérialiste : tout ceci  a contribué au recul d’anciennes dynamiques « infantiles »  de l’ego, facilement cadrables par la morale  , et à la montée de dynamiques plus « adolescentes » ,   aux excès moins aisément contrôlables …  Quant aux dynamiques « adultes » qui apparaissent parallèlement, elles comportent elles aussi leurs pièges.

Les anciennes morales ont été ringardisées, rejetées, et ne sont plus à même d’offrir le cadrage nécessaire aux débordements des Egos : Malheureusement , on le voit chaque jour , quand toutes les barrières de la morale ont sauté, notamment chez certains de nos gouvernants et dirigeants, les rails de l’éthique ne les ont pas pour autant remplacées !

Pour l’avenir de nos sociétés,  il y a là matière à revisiter à la fois notre anthropologie,  nos principes d’éducation, les objectifs de nos systèmes pédagogiques : le chantier est ouvert !

6)      Je l’écrivais au premier point, plusieurs paradigmes se chevauchant, et chacun ayant des fondements et prémisses à l’intérêt non négligeable , il convient de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » :   et de pouvoir garder de chacun ce qui en fait les atouts,  tout en cessant d’utiliser ce qui en constitue une insuffisance.

En effet, aucune régulation efficace de la complexité ambiante ne sera possible si on n’utilise pas les représentations, prémisses, solutions, de manière adéquate en fonction des domaines ou situations.

Malheureusement pour que cette attitude soit possible, il est nécessaire de passer un palier, vers un « humanisme intégral » (CF Maffesoli, reprenant Jacques Maritain ; ou l’approche intégrale de K. Wilber)

Ce palier suppose l’acquisition et la maitrise consciente de ce que je nomme les « instruments  de l’homme » (Conscience, intuition profonde, pilotage des énergies) :  On en est encore loin,  et donc le franchissement de ce palier sur les plans collectifs est impossible pour encore longtemps . (Ce qui n’empêche pas de chercher à le développer sur les plans individuels) …

Du fait de cette impossibilité, on en est réduit à assister à la confrontation des deux tendances majoritaires   (Pas les mêmes selon le degré d’avancement des pays : en occident : Rationnel – positiviste opposé à  Pluraliste -relativiste) :

Ces oppositions s’avérant non comprises, et donc non régulées, elles provoqueront des effets de nature à impulser des tendances à la régression à des paradigmes précédents , mais de même palier non conscient et non holistique.

(Absolutiste moraliste , Autocratique dominateur, Mythico-religieux … )

Tant que tout ceci se déroulera de manière totalement non perçue, et sans en comprendre les ressorts,  de nouvelles voies pour une régulation seront difficiles à trouver : Ne resterait alors à se dire que la nature évoluera comme elle l’entendra , et que ce sera bien ainsi .

Le seul petit problème que cela me pose est que la somme des interventions humaines imbéciles est susceptible de perturber « la nature des choses » : si les dinosaures semblent avoir été détruits par une intervention « naturelle » extérieure à leur volonté, je trouve perturbante l’idée que les grandes richesses et potentialités de l’espèce humaine soit mises en danger par les excès de sa propre nature !

7)   Loin de moi la prétention d’apporter , ni même de distinguer des solutions… Il n’y a pas de solutions « toutes faites », applicables « clefs en mains »

Sur chacun des points précédents je n’apporte dans un premier temps, que des grilles de lecture, des « cartes » (une « cartographie ») à partir desquelles on distingue un peu mieux le territoire et ses évolutions : les solutions appartiennent   ensuite à la réalité de chaque individu, chaque groupe, chaque système …  Dès que l’impact dépassera sa propre individualité, personne ne peut prétendre savoir ce qui le mieux, à coup sûr et définitivement  : toute solution est une option, une médiation, une priorisation , à inventer et à réajuster en permanence en fonction de l’évolution des situations !

L’acceptation dans les domaines du management de thématiques comme « l’intelligence collective, le co-développement, la créativité … » et la possibilité d’animer et accompagner selon des modalités qui y correspondent  est un signe encourageant de la prise de conscience et d’une évolution dans les processus.

Il conviendrait  néanmoins de distinguer ce qui dans ces nouveaux process les ferait aborder avec une attitude  » de second palier »  (consciente, et vigilante aux équilibres)  , ou bien les affilierait à des pratiques encore empreintes de limitations du premier palier (priorisation des dynamiques pluralistes et créatives, mais rejet non conscient d’autres dimensions du fonctionnement systémique, vues comme dépassées)  , mais cela supposerait d’entrer de plain pied dans mes cartes et grilles de lecture, et cela dépasse le cadre de cet article.

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